L’histoire du QI est rarement décrite dans son intégralité. Les tests de QI ont eu une grande influence dans le monde de la psychologie et sur la société au cours des 120 dernières années. Nous allons voir que, malgré leurs mérites vantés par la communauté scientifique, ils sont le résultat d’une histoire sombre et controversé :

  • Dans les années 1900, le mouvement eugéniste les a utilisés pour juger les individus qu’il était bon de stériliser ;
  • Plus récemment, le QI a permis aux détenus d’éviter les châtiments corporels et aux enfants de recevoir la meilleure éducation possible ;
  • Aujourd’hui, les scientifiques n’ont toujours pas abouti à un consensus sur la définition de l’intelligence.

Jacques a 12 ans et a trois fois l’âge de son frère. Quel âge aura-t-il quand il aura deux fois l’âge de son frère ?

Deux familles vont faire un bowling. Pendant qu’elles jouent, elles commandent une pizza à 12€, six boissons à 1,25€ et deux grands seaux de pop-corn à 10,95€. Si la facture doit être partagée entre chacune des familles, combien devra chacune d’entre-elle ?

4 9 16 25 36 49 ? Quel chiffre manque-t-il dans la suite ?

Ce sont toutes trois des questions issues de tests de QI en ligne. Les tests qui prétendent mesurer l’intelligence peuvent être verbaux ou non verbaux. Ces derniers se contentent de mesurer la logique abstraite qui est la moins sujette aux biais d’apprentissage et la plus susceptible de retranscrire le niveau d’intelligence fluide. Créés il y a plus d’un siècle, ces tests sont encore largement utilisés aujourd’hui.

Certaines écoles proposent des tests de QI aux parents d’élèves pour aider à identifier les enfants nécessitant un enseignement spécialisés : les élèves très doués et les élèves en difficulté ont chacun besoin d’un enseignement spécifique adapté à leurs besoins. Aujourd’hui encore, les chercheurs en sciences sociales étudient les résultats des tests de QI en tenant compte de facteurs tels que la génétique, le statut socio-économique, le niveau académique ainsi que l’ethnie.

Malgré l’énorme battage médiatique autour de l’intelligence, l’utilité, la légitimité et la pertinence des tests de QI font encore l’objet de vifs débats parmi les experts et les chercheurs. Pour cerner pourquoi, il est important de connaître l’histoire qui a permis la naissance, le développement et l’expansion des tests d’intelligence.

La naissance des tests

Au début des années 1900, des dizaines de tests d’intelligence ont été développés en Amérique du Nord et en Europe, prétendant offrir des moyens fiables pour mesurer les capacités cognitives d’un individu. Le premier de ces tests a été conçu par le psychologue français Alfred Binet, qui a été chargé par l’Etat français d’identifier les élèves qui seraient les plus susceptibles de rencontrer des difficultés à l’école.

L’échelle Binet-Simon de 1905 qui en a résulté est devenue la base sur laquelle se sont fondés les tests de QI contemporains. Ironiquement, Binet pensait que les tests de QI n’étaient pas des outils pouvant mesurer correctement l’intelligence des individus, soulignant l’incapacité de ces tests à pouvoir mesurer la créativité ou l’intelligence émotionnelle.

Les premiers tests de QI offraient déjà un moyen relativement rapide et simple d’identifier et de trier les individus en fonction de leurs capacités cognitives. Aux Etats-Unis et en Europe, des institutions publiques telles que la police ou l’armée ont utilisé des tests de QI pour la sélection des candidats. 

Ces tests d’intelligence utilisés par l’armée ont permis de recruter environ 1,75 millions de militaires engagés pendant la Première Guerre mondiale afin d’évaluer leur tempérament intellectuel et émotionnel. Les résultats ont été utilisés pour déterminer la capacité d’un soldat à servir dans les forces armées et identifier le poste qui lui conviendrait le mieux. A partir du début du XXème siècle, l’éducation nationale américaine a également commencé à utiliser des tests de QI pour identifier les élèves les plus doués ainsi que ceux ayant des troubles de l’apprentissage.

Ironiquement, certains districts américains ont récemment utilisé un score de QI maximum pour pouvoir être admis dans les rangs des forces de police. La crainte étant que ceux qui obtiennent un score trop élevé finissent par trouver le travail trop ennuyeux et quittent le poste précocement…

Parallèlement à l’utilisation de ces tests d’intelligence au XXème siècle, on a fait valoir que les capacités cognitives d’une personne étaient influencées par la biologie. Les eugénistes, qui considéraient que l’intelligence et autres comportements sociaux étaient déterminés par la biologie et l’ethnie, se sont accrochés aux tests de QI. Ils ont mis en exergue l’écart apparent que ces tests ont mis en lumière entre les différentes ethnies.

Certains ont dès lors soutenu que les résultats de ces tests apportaient une preuve supplémentaire que les groupes socio-économiques et ethniques étaient génétiquement différents les uns des autres et que les inégalités systémiques étaient une conséquence de ces différences biologiques.

Les résultats des tests de l’armée américaine ont fait l’objet d’un grand battage médiatique et ont été analysés par Carl Brigham, psychologue de l’université de Princeton et fondateur de la psychométrie, dans un ouvrage de 1922 intitulé A study of American Intelligence. Brigham a appliqué des analyses statistiques méticuleuses pour démontrer que le renseignement américain était en déclin, affirmant que l’augmentation de l’immigration était à blâmer. Pour pallier ce problème, il préconise des politiques visant à restreindre l’immigration et à interdire le métissage.

Quelques années auparavant, le psychologue américain Lewis Terman avait établi des liens entre les capacités intellectuelles et l’ethnie. En 1916, il déclare : “La déficience intellectuelle est très courante chez les familles hispano-indiennes et mexicaines du Sud-Ouest, et aussi chez les Noirs. Leur caractère ennuyeux semble être lié à l’ethnie, ou du moins inhérent aux souches familiales desquelles ils sont issus… Les enfants de ce groupe devraient être séparés en classe distinctes…. Ils ne peuvent pas maîtriser les abstractions mais ils peuvent souvent être formés à être des travailleurs efficaces… D’un point de vue eugénique, ils constituent un grave problème en raison de leur éducation exceptionnellement prolifique.

Un travail considérable a été fait par des chercheurs en sciences sociales qui réfutent les arguments de Brigham et de Terman selon lesquels les différences raciales dans les scores de QI sont dûs à la génétique.

Les critiques de ces thèses faisant appel à l’hérédité font mention du fait qu’il n’y a pas de preuves étayant cette hypothèse et que les analyses statistiques ne sont pas fondées. Cette critique se poursuit encore aujourd’hui, de nombreux chercheurs s’inquiètent des recherches qui sont encore menées sur l’ethnie et le quotient intellectuel.

Mais dans leurs moments les plus sombres, les tests de QI sont devenus un puissant moyen d’exclure et de contrôler les communautés marginalisées en se servant de références scientifiques. Les partisans des eugénistes utilisaient les tests de QI pour identifier ceux qu’ils qualifiaient d’”idiots”, d’”imbéciles”, ou de “faibles d’esprit”. Il s’agissait d’individus qui, selon les eugénistes, menaçaient de diluer la génétique anglo-saxonne.

A la suite de cette influence des eugénistes, de nombreux citoyens américains ont été stérilisés. En 1927, un arrêt tristement célèbre de la cour suprême des Etats-Unis a légalisé la stérilisation forcée des citoyens souffrant de troubles du développement, qui étaient souvent identifiés par leurs faibles scores aux tests de QI. Cet arrêt a entraîné la stérilisation forcée de plus de 65 000 personnes dont on pensait qu’elles étaient déficientes intellectuellement.

Cette stérilisation forcée s’est poursuivie jusqu’au milieu des années 1970, lorsque des organisations ont commencé à intenter des procès au nom des personnes qui avaient été stérilisées. En 2015, le Sénat américain a voté pour indemniser les victimes encore vivantes.

Les tests de QI aujourd’hui

Le débat sur la définition de l’intelligence subsiste au XXIème siècle. Certains chercheurs affirment que l’intelligence est un concept propre à une culture particulière. Ils soutiennent qu’elle apparaît différemment selon le contexte – de la même manière que de nombreux comportements culturels. Par exemple, le fait de roter peut être considéré comme un indicateur du plaisir d’un repas dans certaines cultures et comme de l’impolitesse dans d’autres.

Selon les mêmes chercheurs, la spécificité culturelle de l’intelligence fait que les tests de QI sont biaisés en faveur des environnements dans lesquels ils ont été développés. Cela rend leurs résultats biaisés dans des environnements culturels différents. L’application d’un même test dans différentes communautés ne permettrait pas de reconnaître les différentes valeurs culturelles qui façonnent ce que chaque communauté considère comme un comportement intelligent.

Pour aller encore plus loin, étant donné que le test de QI a été utilisé par le passé pour renforcer des croyances discutables et parfois racistes sur les capacités de différents groupes d’individus, certains chercheurs affirment que de tels tests ne peuvent pas du tout mesurer l’intelligence d’un individu de manière objective.

Dans le domaine de l’éducation, les tests de QI peuvent être un moyen plus objectif d’identifier les enfants qui pourraient bénéficier de services d’éducation spécialisée. Cela inclut les programmes connus sous le nom d'”éducation surdouée” pour les élèves qui ont été identifiés comme exceptionnellement ou hautement performants sur le plan cognitif.

Les tests de QI pourraient également aider à identifier les inégalités structurelles qui ont affecté le développement d’un enfant. Il pourrait s’agir des effets de l’exposition environnementale à des substances nocives telles que le plomb et l’arsenic ou des effets de la malnutrition sur la santé du cerveau. Il a été démontré que tous ces facteurs ont un impact négatif sur les capacités mentales d’un individu et qu’ils affectent de manière disproportionnée les communautés à faible revenu et les minorités ethniques.

L’identification de ces problèmes pourrait ensuite aider les responsables de l’éducation et de la politique sociale à chercher des solutions. Des interventions spécifiques pourraient être conçues pour aider les enfants qui ont été touchés par ces inégalités structurelles ou exposés à des substances nocives. À long terme, l’efficacité de ces interventions pourrait être contrôlée en comparant les tests de QI administrés aux mêmes enfants avant et après une intervention.

Certains chercheurs ont essayé de le faire. Une étude américaine de 1995 a utilisé des tests de QI pour examiner l’efficacité d’un type particulier d’entraînement pour la gestion du trouble de déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH), appelé entraînement par neurofeedback. Il s’agit d’un processus thérapeutique visant à aider une personne à réguler elle-même ses fonctions cérébrales. Utilisé le plus souvent avec les personnes qui présentent un déséquilibre cérébral identifié, il a également été utilisé pour traiter la toxicomanie, la dépression et le TDAH. Les chercheurs ont utilisé des tests de QI pour savoir si la formation était efficace pour améliorer la concentration et le fonctionnement exécutif des enfants atteints de TDAH – et ont constaté que c’était le cas.

Depuis son invention, le test de QI a généré de solides arguments en faveur et contre son utilisation. Les deux parties se concentrent sur les communautés qui ont été négativement touchées dans le passé par l’utilisation de tests d’intelligence à des fins eugéniques.

L’utilisation de tests de QI dans divers contextes et l’absence de consensus persistant sur leur validité et même sur leur moralité mettent en évidence non seulement l’immense valeur que la société accorde à l’intelligence, mais aussi notre désir de la comprendre et de la mesurer.

Vous voulez obtenir une estimation fiable de votre intelligence ? Passez notre test de QI !